Au coeur de la matière
Rencontre avec Damien Vervust, artiste-plasticien, hyèrois depuis un an.
Par CIL Godillot

Damien nous a reçus chez lui pour nous présenter son travail et nous faire découvrir la conception de ses œuvres.

Pensez à allumer vos enceintes

Damien, au départ as-tu une image du résultat final de l'oeuvre que tu entreprends ?

Non, l'idée initiale évolue en fonction de la création dans le temps. Avec l'utilisation des matériaux, des 'accidents' arrivent pendant le parcours de création. Il y a des choses que tu ne peux pas contrôler. C'est justement ce qui est intéressant. J'ai une idée de ce que j'ai envie de réaliser mais je ne sais pas ce que cela va donner au bout du compte...

Damien VervustEst-ce que tu travailles sur tes créations tous les jours en continu ou en fonction de ton envie ?

Surtout en fonction de l'envie...
Quand tu travailles avec des matériaux, notamment des petits morceaux, cela devient très physique. Je ressens le besoin de m'arrêter et je reprends… le lendemain.
 
Tu peux donc laisser l'oeuvre sans la toucher pendant plusieurs jours avant d'y revenir ?
 
Non, 2 ou 3 jours maxi ! Car quand tu commences quelque chose, tu as fortement envie d'y revenir... Il faut que ça avance vois-tu !
 
Damien Vervust
 
Cette envie de travailler sur ton œuvre peut venir à n'importe quel moment de la journée ?
 
Pas spécialement dans la journée, plus généralement… la nuit, car ton corps se repose et tu es détendu et tu réfléchis.
Tu réfléchis tellement que tu dois te lever et tu commences à travailler. Enfin, c'était surtout comme ça quand j'étais… à Paris. C'était très professionnel !
Depuis que je suis à Hyères, je suis plus zen, plus serein et du coup je me lève moins la nuit. A Paris, je travaillais à 3 ou 4 heures du matin... Ici c'est bien différent !
 
Tu mettrais cela sur le compte de la luminosité qu'il y a dans le sud ici à Hyères ou c'est ton style de vie qui est différent ?
 
Effectivement, c'est le style de vie qui est différent. La qualité de vie que j'ai sur Hyères et que je n'avais pas sur Paris... Certes je crée de moins en moins, mais c'est beaucoup plus réfléchi et beaucoup plus mûri. Aujourd'hui j'ai besoin d'avoir plus de recul.
 
Damien Vervust
On a filmé tout à l'heure dans ton atelier l'oeuvre sur laquelle tu es en train de travailler. Tu n'es pas sur quelque chose de plat. Tu travailles sur un volume, est-ce une nouveauté pour toi ?
 
Tu as raison, c'est nouveau. C'est très beau, je suis content et j'ai l'envie de travailler sur des objets en 3D. La toile... c'était l'époque parisienne...
Ici à Hyères, j'ai envie de travailler sur ces volumes, on touche un peu à la sculpture et ça me plaît bien.
 
Je l'ai bien senti... Quand tu touches cette œuvre , on remarque très vite que tu ressens quelque chose...
 
Tu as bien jugé, c'est physique, c'est un buste de femme, je ressens plus d'émotion... ce n'est plus une simple toile... Cette nouvelle approche me plaît.
 
Damien Vervust
 
En tant que professionnel ou pour ton simple plaisir, est-ce que tu fais de la sculpture ?
 
Non, jamais, car pour mon travail de création j'utilise des matériaux qui ont du volume, c'est déjà de la 3D, ça peut être des os, des pièces métalliques, ce ne sont jamais des matériaux plats et sans reliefs.
 
Les matières que tu travailles sont assez originales. Tu es parti de la peinture pour t'orienter vers ces matières ?
 
Pas exactement.... en fait au départ, c'était la matière, l'objet … la peinture, non...
Moi, ce que je voulais faire, c'était retranscrire sur une toile par le biais d'un élément extérieur, par exemple une pierre, un morceau de bois et ensuite lui ajouter de la couleur. C'est pour ça que j'ai eu du mal à me définir comme un artiste peintre... Non, je suis simplement... créatif.
 
Damien Vervust
 
Quelles sont la matière ou les matières que tu utilises principalement ?
 
Les coquillages, les os, en fait toutes les matières extérieures, parfois animales, mais en général végétales ou minérales.
 
Tu vas désormais de plus en plus vers le relief ou au contraire reviens-tu vers le plat ?
 
Non, je vais vers le relief obligatoirement, car tous mes matériaux sont en 3D...
 
Donc tu essaies d'aller vers un relief de plus en plus accentué comme sur cette toile que tu nous as présentée, référence à celle composée de bois brûlé où le relief est très important...
 
Oui tout à fait, le problème, c'est que c'est extrêmement fragile quand tu les transportes pour les exposer... Il faut les positionner dans des conditionnements spéciaux, sur mesure...
Donc je préfère travailler avec des matériaux qui ont un peu moins de relief comme les coquillages, les os, car il y a là aussi, de la matière.
 
Ta technique est donc de casser le matériau original pour en faire paraître des petits morceaux éclatés ?
 
C'est cela… Je brise l'élément comme le coquillage ou la coquille d'oeuf d'autruche par exemple ! En fait j'ai travaillé sur une thématique qui était "l'humain ou la vie brisée de ces personnes" ... Le fait de rompre, briser le coquillage ou la coquille, ça produit ce je désire retranscrire.

Damien Vervust
Tu aimes découvrir des matériaux... Il y a sur un de tes tableaux des … tests d'oursins... C'est un essai ? Une envie ?
 
C'est juste un essai... La matière à travailler est très intéressante mais, extrêmement fragile. Je ne sais pas encore si je vais continuer à travailler avec ce type de matériau...
 
En terme d 'éclairage, les œuvres sont faites pour être présentées chez monsieur ou madame "tout-le-monde" ou nécessitent-elles un éclairage particulier pour être exposées ?
 
Oui tu as raison, ce sont des œuvres qui demandent un éclairage très spécifique...Il existe des galeries très "pointues" au niveau de l'éclairage ! Cet éclairage est souvent plus approprié dans une galerie, pour ce genre de création.
 
En terme de taille, on a le sentiment que tu travailles sur des formats plutôt grands ?
 
Très juste ! Pour moi, le petit format est plutôt réducteur. En général, tu as besoin d'une surface conséquente, des formats du type 80x80 ou 100x100 que j'apprécie particulièrement. C'est beaucoup plus intéressant, mais la contrainte est que ça demande beaucoup, beaucoup de place...
 
Damien Vervust
 
Ton support de départ c'est tout simplement une toile qui a pour destination d'être peinte ?
 
Oui en quelque sorte, mais en réalité mes toiles sont faites aussi pour attirer des matériaux...
 
Tu commences toujours par un fond "teint" sur lequel tu viens ajouter les matériaux ou l'inverse ?
 
C'est selon... Parfois je teins dans la masse mes poudres de marbre car c'est la base de mes tableaux et ensuite j'insère mes matériaux. D'autres fois, c'est l'inverse... il n'y a en fait aucune règle établie.

Pour réaliser l'oeuvre, il faut avoir envie, y consacrer un temps important, mais à quel moment tu te dis "mon oeuvre est accomplie" ?

J'ai toujours du mal... Un moment donné tu est totalement pris dans ta création et tu ne sais pas où ça va s'arrêter... Parfois, je reviens, je rajoute, je modifie, c'est toujours un peu compliqué, mais je sais m'arrêter quand il le faut... je pense !

 

Damien Vervust
 
Merci Damien d'avoir pris la peine de nous recevoir et de nous consacrer un temps précieux. Nous te souhaitons une bonne continuation et n'hésite pas à nous contacter quand tu auras façonné de nouvelles créations pour notre plus grand plaisir et de manière à enrichir encore un peu plus notre site du CIL.
 
A bientôt Damien.

 

Remerciements

Patrick Respaud, adaptation textuelle.
Jean-Luc Delon, photos et vidéo.



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L'univers de Damien Vervust, un artiste qui plonge au coeur de la matière.
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